Voici quelques passages:


… Cette nuit là, dans le ciel il y avait un chariot d’étoiles et je devais le prendre. Le destin m’offrait peut-être une flèche d’or. Un matin nouveau pour un condamné gracié. Eric m’avait parlé de ces matins blanchis. Il fallait que je me sauve avant d’être détraquée comme cette pendule qui tournait à l’envers. Je bazardais mes souvenirs pour partir dans des rêves vivants …

… Une petite navette qui flottait avec un bruit bizarre nous déposa aux pieds de cette histoire. Nous avons sauté avec nos sacs et notre extase sur cette terre oubliée où tant de peuples s’étaient acharnés. Elle se reposait à un quart d’heure du port de Dakar. Nous nous embarquions pour un autre univers…
Les réverbères fermaient les yeux pour se faire oublier. Quelques bougainvilliers avaient résisté à cette hécatombe. Ils contemplaient la mer sous de gros baobabs désenchantés. Pendant trois siècles, les portes de l’enfer s’étaient refermées sur des millions d’esclaves qui se trouvaient là pour attendre un embarquement inconnu. Ils me faisaient penser aux stridulations de ces myriades d’insectes qui grouillaient sous les pieds de l’Afrique…

…Ici on ne pouvait pas parler du printemps. Une âme sourde et aveugle semblait nous surveiller. Des enfants comme des orphelins cherchaient leurs racines au fond des tiroirs vides de Gorée. Les canons rouillés semblaient attendre le pardon de ces visiteurs inquiets… Sylvie tenait ses filles bien serrées, comme si elle avait peur. Simone se perdait à l’arrière, je crois qu’elle connaissait mon secret que dans l’instant j’oubliais, comme la chaloupe qui s’exclamait pour nous rappeler l’heure…

…La salle d’eau se cachait, enfouie sous l’escalier qui craquait tout seul. Entourée par une bande de carreaux glacés de stupeur, elle se sentait petite et frileuse comme moi, presque nue et déplumée comme une poule pas encore mouillée. J’avais la sensation de ressembler à un bloc de glace qui voulait fondre. Sur le lavabo craquelé par le temps, deux robinets aux formes archaïques se jumelaient pour mélanger l’eau noirâtre et acariâtre qui s’excusait :
«  Je me demande pourquoi il faut se laver, ici l’eau est sale.
- Chut ! »
Cette eau trouble s’évaporait pour faire rougir quelques anneaux rouillés et tristes qui s’ennuyaient. Ils grinçaient et tiraient un vieux rideau de douche sur lequel je m’agrippais. Derrière le rideau, je l’attrapais, ma tête serrée contre sa poitrine velue. Nos corps saisis par l’eau se collaient comme deux aimants... La douche, comme une source d’inspiration, nous inondait de caresses chaleureuses. Son jet s’ébouriffait et s’éclatait sur nos têtes en partance. Le mur de ce petit carré s’effritait pour tomber sur quelques carreaux qui se chevauchaient en triangles rouges pour colorer notre jeu... Avec ses mains, il m’emportait dans des délires en me caressant trop haut ou trop bas pour me faire bouillir... Il m’embrassa de la nuque aux reins en tirant mes cheveux qu’il préférait plats et mouillés. J’étouffais dans la vapeur qui montait. L’eau se réchauffait par mon corps inassouvi qui se retournait pour s’offrir à lui. Sur mon ventre, son érection m’excitait et dans ma bouche, il devenait fou... Je l’aspirai de plus en plus fort, il disait : « Oui, encore. » Nous étions trempés. Ses mains glissaient sur ma poitrine... L’eau devenait trop chaude, mais nous n’avions pas le temps de régler ce problème. Elle pouvait nous brûler. La tentation était si grande. Peu importe le reste. Nous ne pensions qu’à notre plaisir... Ses bras étaient tendus de chaque côté de mes épaules pour me retenir. J’aimais sentir sa force et le désir qui s’excitait dans ses yeux. Ses mains effleuraient mon visage et glissaient jusqu’à mes hanches que je balançais pour lui dire : « viens ». Je m’accrochais et continuais de me frotter contre son corps encore luisant qui m’échappait. Nous glissions sur une savonnette qui fondait sous nos pieds comme moi sous ses caresses. Ces caresses de plus en plus inconvenantes descendaient pour me faire rougir et jouir lentement. Mon supplice se ramollissait mais je voulais que cela dure. Ce film ressemblait à un long court métrage...

… Je le regardais avec insistance, la mer, plus bas, nous appelait :
«  Viens, elle est bonne.
- Comme moi ?
- Non, comme toi. »



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